SHANGHAI


SHANGHAI
SHANGHAI

Shanghai tient une place tout à fait originale dans l’évolution sociale de la Chine aux XIXe et XXe siècles. Ce qui est de nos jours la plus grande ville de Chine (plus de 10 millions d’habitants) n’était jusqu’aux guerres de l’opium qu’un centre commercial et artisanal d’importance tout à fait secondaire, un simple chef-lieu de district (xian). Le développement de Shanghai, village au XIIIe siècle, puis petite cité fortifiée construite en 1554 contre les pirates japonais, revêt un caractère fondamentalement exogène. Il est le reflet de l’implantation périphérique des activités étrangères en Chine à partir du milieu du XIXe siècle.

Un site portuaire

La ville s’étend sur la rive gauche du Huangpu, rivière qui se jette dans l’estuaire du Yangzi distant de 18 kilomètres. Le Huangpu, émissaire du lac Taihu, est fortement remonté par la marée qui dépasse 3 mètres en vives eaux; il atteint 700 mètres de large et ses fonds sont stables; malheureusement les alluvions du Yangzi, d’une part ont édifié au confluent une barre dont l’exhaussement gêne l’entrée du chenal et, d’autre part, réduisent la profondeur du bras sud du fleuve: des dragages continuels sont donc nécessaires.

Mais la position de ce port de mer est exceptionnelle, car il est au débouché d’une admirable voie d’eau, la plus belle du monde, qui draine sur une superficie de 1 900 000 kilomètres carrés les régions les plus peuplées et les plus riches de la Chine; la grande navigation parvient jusqu’à Wuhan à 1 700 kilomètres, et des navires spéciaux de 5 000 tonnes atteignent Yibin à l’extrémité occidentale du Bassin rouge. Le delta du Yangzi est, au milieu de la façade maritime de la Chine, bien placé pour le commerce avec le Nord et le Sud ou avec le Japon.

En outre, Shanghai est reliée à Nankin et Pékin d’une part, à Canton d’autre part, par voie ferrée et possède un aéroport important, Longhua.

La ville, qui comprend douze arrondissements, a un aspect très occidental, bien différent de celui de la plupart des villes chinoises. Un magnifique boulevard Zhongshanlu, ex-Bund, bordé d’édifices imposants (aujourd’hui: Foyer des marins, Comité populaire de Shanghai, hôtel Heping ou hôtel de la Paix, hôtel de Shanghai ou Shanghai Dasha), suit la rivière. En arrière s’étendent au sud l’ancienne ville chinoise aux rues étroites, puis, jusqu’à la petite rivière de Suzhou ou Wusong, le centre de la ville, axé sur la Nanjinglu, ex-Nanking Road: parc du Peuple et immense place du Peuple, Grand Magasin d’État no 1, Grand Magasin Yun’an (entreprise mixte nationale et privée), Magasin de l’Amitié, Palais de culture des ouvriers. Ensuite, vers le nord et l’ouest, on trouve les quartiers industriels et les cités ouvrières neuves (quartier industriel de Wusong au nord, quartier industriel de Minhang au sud-ouest, cités ouvrières de Zaoyang de Changpai et de Gongjiang) ainsi que les universités Fudan et Dongzi. Au-delà commence une campagne urbanisée, où les cultures maraîchères et l’élevage des vaches laitières et des porcs ont pris une très grande extension.

Du temps des concessions à celui de la bourgeoisie chinoise

Shanghai, un des cinq ports «ouverts» aux étrangers dès le traité de 1842, est surtout au XIXe siècle un centre commercial, avec sa façade fluviale (Bund), ses hangars (godowns ), ses firmes étrangères (hong ). L’Angleterre et la France y ont établi de facto leur autorité sur des quartiers entiers, les «concessions». Vers 1900, celles-ci comptaient une population d’environ 350 000 personnes, dont 7 000 étrangers, et l’agglomération totale environ un million d’habitants. Les concessions, gouvernées par la communauté des résidents étrangers sous le contrôle des consuls, échappaient presque complètement au gouvernement chinois. Aventuriers autochtones et étrangers, contrebandiers et pirates, trafiquants de toute sorte allaient et venaient, s’enrichissant ou se ruinant. Toute cette société interlope n’avait guère avec le reste de la Chine que des liens purement commerciaux; l’hinterland du port représentait tout le bassin du Yangzi, y compris la majeure partie des districts producteurs de thé et de soie.

Au XXe siècle, la fonction commerciale reste fondamentale. Pour l’indice 100 en 1865, le trafic total du port est à 600 en 1915, à 3 500 en 1935; en 1937, c’était le huitième port mondial. Mais Shanghai est surtout devenu le principal centre industriel et financier de Chine. Le grand capitalisme anglais et japonais y est représenté par la Naigai Wata Kaisha (filatures de coton), la British and American Tobacco Co., la Hongkong and Shanghai Banking Corp., la firme Jardine and Matheson. Mais à ses côtés est apparue une grande bourgeoisie chinoise moderne, dans les secteurs de la navigation à vapeur, de la soie et du coton, du tabac, de l’imprimerie. Vers 1930, la ville déborde largement les noyaux primitifs des concessions avec les grands quartiers industriels de Jiabei, Yangshupu, Pudong, Hongkou.

Shanghai se trouve ainsi être à la fois le principal centre de la bourgeoisie d’affaires chinoise, du prolétariat industriel (500 000 personnes vers 1925) et aussi de l’intelligentsia moderne, attirée par cette atmosphère nouvelle, libérée des traditions de la vieille Chine. La ville exerce au XXe siècle sur l’ensemble du pays une influence dont elle ne disposait pas au XIXe siècle. Elle s’intègre dans la vie publique chinoise. La bourgeoisie shanghaïenne est très influente, par exemple au moment de la Révolution de 1911; en 1927, elle pèsera dans le sens de la rupture entre nationalistes et communistes, et du compromis entre le Guomindang et les Occidentaux. Shanghai est en même temps le centre du mouvement moderne des idées, avec ses universités chinoises et étrangères, avec ses journaux chinois nombreux et influents, avec ses grandes maisons d’édition comme les Presses commerciales. Le grand écrivain Luxun vivait à Shanghai.

Au cœur des luttes politiques

La ville restera jusqu’en 1927 le centre principal du mouvement ouvrier et des activités du Parti communiste (fondé à Shanghai en 1921, ce qui symbolise la volonté des intellectuels du 4-Mai de se lier étroitement au monde du travail). C’était déjà à Shanghai qu’avaient eu lieu les principales grèves ouvrières du 4-Mai. En mars 1927, la grève insurrectionnelle de 800 000 travailleurs de la ville assure le triomphe des troupes nationalistes sur les nordistes; mais cette victoire ouvrière est éphémère, puisque, dès le 12 avril, Tchiang Kai-chek fait massacrer ses alliés d’extrême gauche. Les luttes politiques entre la gauche et la droite du mouvement national s’étaient polarisées autour de Shanghai de façon très significative.

À partir de 1927, la gauche ne livre plus à Shanghai que des combats d’arrière-garde, et la ville est dominée par le Guomindang, puis par les Nippons de 1937 à 1945. Les communistes n’y rentreront qu’en 1949. Il était malaisé de réintégrer dans un régime socialiste cette ville, symbole de toutes les forces qui dans l’histoire chinoise moderne s’exerçaient dans le sens de la libre entreprise, de la spéculation, de la vie facile. Il semble que les autorités de Chine populaire aient sérieusement songé un moment à «dégrader» Shanghai, à priver la ville de ses industries, à la réduire à une position économique secondaire. Mais la politique finalement retenue fut de stabiliser la ville à son niveau de 1949 et de la reconvertir en centre d’industries de transformation. Shanghai, qui en 1949 faisait figure de corps étranger dans l’organisme communiste chinois, semble avoir été fort bien assimilée quand éclate en1965 la révolution culturelle ; c’est à Shanghai que Mao Zedong s’établit dans la période où la capitale, Pékin, est tenue par les «appareils» du Parti communiste chinois et de l’État auxquels il a décidé de s’attaquer; c’est dans des journaux de Shanghai que paraissent les premiers articles qui ouvrent les grandes luttes politiques de 1966-1967.

L’économie actuelle

L’activité portuaire n’a pas retrouvé son importance ancienne. Le commerce extérieur de la République populaire est réduit et Shanghai, si elle a gardé un trafic intérieur considérable, a cessé d’être un des grands ports internationaux. L’industrie textile (soie, coton, laine, jute) est de toute première importance. S’y ajoutent les constructions navales, les constructions de machines (machines-outils, machines textiles), les constructions mécaniques (notamment la plus importante usine mondiale de montage de bicyclettes, les pièces détachées étant fabriquées en petits ateliers), les usines de matériel électrique, l’industrie du caoutchouc (pneus, semelles de chaussures) et diverses industries de consommation.

Des industries lourdes sont apparues depuis 1949: production d’engrais chimiques (usine de Wujing qui produit 100 000 t de sulfate d’ammonium), raffinerie de pétrole (5 000 000 t); la seconde aciérie chinoise en importance (No 1 Iron and Steel Plant). Shanghai, ravitaillée en charbon autrefois à partir des petites mines de l’Anhui et du Jiangsu, l’est aujourd’hui surtout à partir des mines de Huainan; le charbon alimente la grande centrale thermique de Yangshupu; Shanghai reçoit aussi le courant électrique du barrage de Zhongguan sur le Xin’anjiang.

L’agglomération de Shanghai, dans un rayon d’une quarantaine de kilomètres autour du centre, est le foyer industriel le plus puissant et le plus dynamique du pays, renommé pour son «savoir-faire» industriel.

À côté de ces puissantes industries, il faut souligner que Shanghai possède le remarquable Centre de recherches des industries artisanales, qui s’efforce d’unifier et de rationaliser la production de l’artisanat. Shanghai a plus de 10 millions d’habitants.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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